Trois étoiles au Michelin, une entrée prestigieuse dans le dernier Larousse et
le Who's Who pour un véritable épicurien sachant, à merveille, décliner la
gastronomie, le golf et le cigare suivant un rituel où la perfection du geste accompagne
les sensations du plaisir.
On a tendance à
classer les goûts de la cuisine suivant des paramètres trop classiques comme le sucré
ou le salé, l'acide ou l'amer. En parallèle avec le goût, Guy Savoy préfère parler de
sensations comme le chaud, le froid, le tiède, le glacé, le dur, le mou, le craquant, le
croustillant ou le moelleux. Le plaisir passe par la déclinaison et la recherche des
sensations que procure un aliment. Et de découvrir sur la carte des desserts, ses "
Saveurs de pommes" où ce modeste fruit (devenu cependant présidentiel) se déguste
à plusieurs températures sous forme de jus, coulis, compote ou sorbet pour un dessert
d'une incontournable variété où vos papilles gustatives hésitent entre le liquide, le
croustillant ou le craquant. " Faites goûter à un vigneron un vin qu'il a fait à
une température de 14° quand il a l'habitude de le déguster à 18° il ne le
reconnaîtra pas ! " constate malicieusement Guy Savoy.
En véritable épicurien, il prend le temps d'être
curieux pour embellir les choses à priori simple. Il rêve toujours de recevoir Sa
Sainteté le Pape pour lui faire déguster sa "crème de lentilles et
langoustines" ou sa "poêlée de moules et mousserons, jus terre et mer".
Il aime constater qu'il retrouve dans le golf comme dans la cuisine, la même rigueur du
geste. Savoir manier avec brio la queue d'une poêle ou le manche d'un driver... En fin
analyste, Guy Savoy pense que "bien que restrictif, le golf est, dans un premier
temps, assez captivant pour susciter l'intérêt et l'assiduité".
Et de découvrir ensuite cette sensation de bien-être au
milieu d'un environnement exceptionnel et d'une agréable convivialité. On connaît son
engagement pour le rugby et le sport en général ; il regrette de n'avoir pas assez de
temps à consacrer au golf en aimant se souvenir d'une belle journee sur le golf de
Bassussary en compagnie d'anciens grands sportifs comme André Boniface, Michel Jazy,
Jean-Pierre Rives et Serge Blanco.
Si vous avez la chance de vous arrêter au 18 rue Troyon
(à 100 m de la Place de l'Etoile à Paris), amusez-vous à demander à parler au
vice-président du HCTC (Havana Cigar Travel Club) Guy Savoy saura apprécier le clin
d'oeil ! "Qui ne songe qu'au plaisir" : définition donnée par le dictionnaire
de l'Epicurien.
Golf et cigare : deux entités trop fortes pour
être mélangées
Il faut avoir entendu notre restaurateur vanter les
plaisirs des volutes cubaines : "J'apprécie le cigare au printemps et en automne
avec une préférence pour les matins d'automne à la campagne où l'odeur du cigare se
mélange admirablement avec les brumes de l'air ambiant". Comme au golf, le cigare
demande du temps. "'Ouvrir la boite est le premier plaisir du cigare. Je suis capable
d'en ouvrir dix avant de choisir celui que je vais déguster. J'ai un sentiment de
jalousie en tant que cuisinier vis-à-vis du cigare.
Quels que soient la beauté et le goût d'un plat que
vous êtes en train de manger, vous n'avez aucune relation tactile avec lui. Cela devient
vite inconfortable de manger avec les doigts.
J'aime faire rouler un cigare entre mes doigts. Il faut que je le tripote. Ensuite, vous allez avoir des sensations gustatives au niveau de la bouche et de tout son pourtour, c'est à dire ce cercle qui comprend le nez, les joues et le menton. Une multitude de choses se passent durant ces moments où on inhale, puis rejette la fumée". On en est même à se demander si cette fine barbe-moustache qui caractérise le look de Guy Savoy ne l'aide pas inconsciemment à mieux retenir les odeurs de son cigare. 
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Certains peuvent sourire mais un homme devient attendrissant
quand le récit de son plaisir l'entraîne dans des envolées verbales flirtant avec la
jouissance. "je ne peux pas déjeuner ou dîner seul car la table est un moment à
partager ; par contre, vous n'êtes jamais seul en compagnie d'un cigare. Il est paisible,
serein et exclut toute discussion animée".
Sert-on des plateaux-repas a l'opéra ?
Sa trilogie du plaisir tabagique se conjugue en allumant un feu de cheminée et un
Lusitania de Partagas (la Rolls du cigare selon notre invité) en se laissant bercer par
un air d'opéra. A tout à l'heure et, surtout, que personne ne me dérange... Guy Savoy
sait aussi recevoir dans son restaurant : " La fumée de cigare est un faux problème
car il suffit d'installer une bonne ventilation et je vous promets qu'un cigare ne
dérange pas la table voisine. Par contre, je reconnais qu'il n'en est pas de même avec
le plateau de fromages !".

En bon épicurien, Guy
Savoy ne cumule pas les plaisirs simultanément : "Lorsqu'on me fait remarquer qu'il
n'y a pas de musique dans mon restaurant, je réponds en demandant si l'on sert des
plateaux-repas à l'opéra ! Le golf et le cigare sont deux entités trop fortes pour
être mélangées".
L'écrit reconstitue mal la passion de l'orateur. Car notre homme sait s'enflammer
quand il parle de ses plaisirs. Il arrive alors toujours un moment où le beau sexe fait
une apparition remarquée : "Il n'y a rien de plus proche de la femme que le cigare.
Je reste fasciné devant une femme qui en fume un. Il faut savoir reconnaître que dans le
cigare, il y a quelque chose qui rappelle l'homme...". Notre conversation fut, alors,
malheureusement, interrompue par l'arrivée de madame Savoy, une facture à la main...
Les choix de Guy Savoy
Après le petit déjeuner à la campagne : D no4 de Partagas, Belicosos finos de
Bolivar. L'après-midi à Paris : Epicure n'2 de Hoyo de Monterrey, Robusto de Cohiba,
Siglo 4 de Cohiba.
Prendre tout son temps (minimum 2 heures) avec un Lusitania de Partagas, Double Corona
de Hoyo de Monterrey, Coronas Gigantes de Bolivar. En soirée : Double Corona.

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